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“Il n’y a aucun poste pour la Polynésie”


Tahiti, le 30 mars 2025 – Les membres de FO-Justice ont manifesté vendredi devant la prison de Nuutania, dénonçant le “mépris manifeste” de leur directeur qui a “choisi de privilégier ses vacances laissant le climat social se dégrader”. Le syndicat pointe du doigt le “mal-être et les risques psycho-sociaux” des agents en raison du management de ce dernier. Il assure également que la prison aurait besoin “d’une vingtaine de surveillants pour faire tourner Nuutania (…). Il n’y a aucun poste pour la Polynésie” et regrette que le directeur “n’ait pas expédié” leurs doléances en métropole.
 
Les membres de FO-Justice ont manifesté, comme prévu, vendredi à 11 h30 devant la porte de la prison de Nuutania. Pneus et palettes ont été installés lors de leur pause déjeuner pour marquer leur “sit-in”. Une manifestation prévue et annoncée déjà au haut-commissaire la semaine dernière si les négociations entre le syndicat et le directeur de l’établissement pénitentiaire, Damien Pellen, n’avançaient pas. Pour rappel, les membres du syndicat avaient manifesté samedi dernier devant le haut-commissariat.
 
Les représentants de FO-Justice rappellent d’ailleurs qu’ils ont été reçus la veille par le haut-commissaire. “On a apprécié sa qualité d’écoute car il a demandé au directeur de revenir à la table des négociations. On a vu le directeur lundi de 19 à 21 heures et il nous a dit qu’il allait répercuter (les doléances, NDLR) en France”.

“On négocie avec son fantôme”

Le secrétaire territorial Karl Manutahi assure avoir demandé à leur directeur, Damien Pellen, de mettre ses promesses “par écrit et on vient d’apprendre qu’il est parti en congé. Pour nous, c’est du mépris. On négocie avec son fantôme, puisqu’il n’est pas là”. Ce dernier leur a signifié de négocier avec son adjointe Agathe Sorin. “Elle n’a pas les leviers, c’est plutôt dans cet esprits-là qu’on est un peu remonté (…). On a beaucoup de respect pour son adjointe, mais tant qu’il est là, elle n’a pas les pleins pouvoirs.”
 
Le syndicaliste rappelle pourtant que les négociations se déroulent toujours bien. “On peut ne pas être d’accord autour de la table, mais c’est festif. Mais aujourd’hui, on l’accueille avec des palettes.” Il rappelle que comme les policiers, les gardiens de prison ne peuvent pas faire grève. Ils manifestent donc “pendant leur temps de repos et de pause”.

“Des demandes d’explication à tout va ”

Karl Manutahi dénonce le fait que la direction a recours à des “demandes d’explication à tout va” alors même que les agents sont déjà recadrés par leurs responsables. Il considère que ces demandes répétitives portent “un discrédit à tout le corps d’encadrement et de commandement. C’est cela qui blesse”. Il assure que tout cela crée “un sentiment de mal-être et on parle de risques psycho-sociaux”.
 
Il pointe aussi du doigt le fait que quand les agents sont malades, la direction ne cherche pas à savoir la raison de ces arrêts mais “fait des contrôles”. Le syndicaliste pense que la direction devrait plus “les accompagner et comprendre. C’est cela la devise de la direction de l’administration pénitentiaire et de la direction interrégionale, c’est de demander à tous les chefs d’établissement d’avoir de la bienveillance pour son personnel. Quand tu vois du personnel mécontent, est-ce que c’est de la bienveillance ? Non, c’est de la maltraitance.”
 
Autre point dénoncé par FO-Justice, l’utilisation abusive des trentièmes par la direction. “On t’enlève un jour de travail, et le trentième n’est pas une sanction disciplinaire.”

“Il manque une vingtaine de surveillants”

Le syndicat s’est réuni pendant trois mois “en groupes de travail” pour lister les besoins des agents. “Il s’avère qu’on a à peu près une vingtaine de surveillants qui manque pour faire tourner l’établissement de Nuutania (…). Il n’y a aucun poste pour la Polynésie.” Le secrétaire territorial de FO-Justice affirme que malheureusement, ces doléances “n’ont pas été expédiées” en métropole, alors que les campagnes de mobilité 2025 continuent. Karl Manutahi a d’ailleurs fait son “mea culpa” auprès des Polynésiens qui sont depuis plusieurs années en France, pour ne pas avoir répondu à leurs différents appels.
 
Plus question pour le syndicat de négocier avec le directeur actuel Damien Pellen, puisque ce dernier est sur le départ. “On fait confiance au directeur interrégional adjoint et à la direction de l’administration pénitentiaire pour trouver une solution pour qu’on puisse sortir de cette impasse.”
 
Le secrétaire territorial de FO-Justice Karl Manutahi assure que cette manifestation à la veille du départ de leur directeur est également une mise en garde pour son successeur : “ Au cas où il nous dise qu’on ne peut pas enlever les mesures mises en place par Damien Pellen, on lui répond : ‘Fais attention, on est aussi prêt à manifester contre toi’. C’est juste une mise en garde.”  

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Dimanche 30 Mars 2025 à 13:38 | Lu 3158 fois