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Il la gifle, elle lui lance un couteau


Tahiti, le 31 mars 2025 - Un couple était jugé ce lundi après-midi en comparution immédiate pour violence réciproque. Ce 28 mars, la femme a été giflée par son conjoint alors qu’elle portait son bébé de deux mois dans les bras. Pour se défendre et éviter d’autres coups, a-t-elle prétexté, elle a lancé un couteau qui a blessé l’homme au niveau de la cuisse.
 
Ils sont en couple depuis une année, ont un nourrisson de deux mois. “C’est une famille toute neuve”, a décrit l’avocat de la mère. C’est aussi une famille bercée par la violence et les coups réciproques depuis sa constitution.
 
Lundi après-midi, en comparution immédiate, ce couple a raconté devant le tribunal une scène moins ordinaire que les autres. Les faits se sont produits alors qu’une ordonnance de placement provisoire de l’enfant venait tout juste d’être prononcée. Elle n’était pas encore appliquée pour cause d’allaitement et dans l’attente une mesure d’éloignement du père avait été choisie comme solution.
 
“Sa bouche est toxique”
 
Le 28 mars, la mère portait son enfant dans les bras. Une dispute a éclaté au sein du couple en raison d’un désaccord sur la prise en charge du bébé. “C’est à cause d’elle, sa façon de parler : sa bouche est toxique”, a justifié le prévenu. C’est comme ça “quand il ne joue pas son rôle de père, qu’il me fait des reproches”, a indiqué la prévenue. “J’ai l’impression d’avoir deux bébés, lui et le mien.”
 
Ce jour-là, le prévenu a giflé sa conjointe. “Une tapette”, relativise-t-il. Mais elle a tout de même entraîné une interruption temporaire de travail de deux jours. La prévenue a envoyé un couteau qui a touché sa cible à la cuisse et entraîné une interruption temporaire de travail de cinq jours. “J’avais peur qu’il aille plus loin, c’était pour me défendre.”
 
Le ministère public, sans insister sur les faits qui sont reconnus, a rappelé les dégâts que cause la violence. “Il ne faut pas croire, même un bébé comprend ! Cela le met en insécurité.” Un mal physique est constaté sur les conjoints, mais le mal touche aussi l’enfant qui assiste aux scènes, ce sont les dommages collatéraux considérés comme des circonstances aggravantes par le législateur. Huit mois d’emprisonnement simple ont été requis contre la prévenue, huit mois avec maintien en détention pour son conjoint.
 
L’avocat de ce dernier a interrogé : “Qui a commencé ? Qui a répondu à l’autre ? En réalité, peu importe, la violence est réciproque et habituelle.” Il a plaidé une peine aménageable avec mesure d’éloignement.
L’avocat de la prévenue a martelé que sa cliente était victime de violence. “Et, quand on voit l’origine de la grogne, c’est inquiétant !” Le lancer de couteau, pour lui, “n’était pas un geste de fureur avec l’intention de tuer, mais un geste de défense !” Et qui sait ce qui pourrait arriver par la suite si la violence continue ? Il a évoqué les cas de féminicide, et plaidé la relaxe.
 
Le prévenu a finalement été condamné, avec prononcé de l’exécution provisoire, à 15 mois de prison dont sept avec sursis et interdiction de contact avec la victime. Cette dernière a été relaxée.

Rédigé par Delphine Barrais le Lundi 31 Mars 2025 à 21:15 | Lu 1454 fois