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Collisionneur de particules géant en Europe: pas d'obstacle technique à sa construction, selon le Cern


Crédit Elodie LE MAOU / AFP
Crédit Elodie LE MAOU / AFP
Genève, Suisse | AFP | lundi 31/03/2025 - Le plus grand laboratoire de physique d'Europe veut tenter de percer de nouveaux secrets de la matière en creusant 90 km de tunnels sous les pâturages de la frontière franco-suisse, mais ce projet gigantesque de plus de 15 milliards d'euros est jugé démesuré par ses opposants.

Le Futur collisionneur circulaire (FCC) est essentiel pour que l'Europe garde son "leadership" en science fondamentale, notamment face à la Chine, affirme Fabiola Gianotti, directrice générale du Cern (Organisation européenne pour la recherche nucléaire) dont sont membres 23 pays européens et Israël, lors d'un entretien à l'AFP.

"Le projet est en bonne voie" et "nous n'avons trouvé aucun obstacle technique jusqu'à présent", explique-t-elle, à l'occasion de la publication du rapport de faisabilité du FCC.

Pas moins de 100 scénarios ont été élaborés et analysés avant qu'une option soit privilégiée : un anneau d'une circonférence de 90,7 km, à une profondeur moyenne de 200 m, avec huit sites en surface, dont sept en France et un en Suisse, a indiqué le Cern dans un communiqué.

Le coût de la construction du collisionneur électron-positon (première phase du FCC), y compris le tunnel et l'ensemble de l'infrastructure, est estimé à plus de 15 milliards d'euros, pour une entrée en service dans les années 2040.

"Pour faire des progrès majeurs dans sa quête de la compréhension de l'origine de l'univers et du rôle que le boson de Higgs y joue dans ses tous premiers instants (...), la communauté scientifique mondiale a besoin d'une machine aussi puissante et riche en possibilités que le FCC", explique à l'AFP Catherine Biscarat, du Laboratoire des 2 Infinis à l'université de Toulouse.

Mais le projet ne fait pas l'unanimité.

Thierry Perrillat, éleveur de vaches laitières pour la fabrication du Reblochon à La Roche-sur-Foron en France, accuse le Cern de vouloir "prendre 5 hectares de notre exploitation". Il est amer : "C'est le pot de terre contre le pot de fer".

"Le prix financier, écologique et de fonctionnement est faramineux. Il vaudrait mieux financer de plus petits projets scientifiques", indique à l'AFP le physicien Olivier Cepas, de l'Institut Néel à l'université de Grenoble.

Jean-Paul Burnet, responsable des infrastructures techniques du FCC, assure que le projet a été "amélioré pour réduire son impact environnemental", notamment en diminuant de 12 à huit le nombre de sites en surface.

La décision des pays membres - prise habituellement par consensus - est attendue vers 2028. L'Allemagne, premier contributeur du budget du Cern, avait émis l'an dernier des réserves sur le financement. 

- "Des machines extraordinaires" -

Le Cern se montre rassurant. Son porte-parole, Arnaud Marsollier, assure que 70 à 80% du coût "pourrait être pris sur le budget" de l'organisation.

Dans la région, des organisations sont inquiètes.

L'association environnementale Noé21 dénonce dans un rapport un "projet démesuré", pointant du doigt sa "pharaonique consommation électrique", son impact climatique et son coût, ainsi que la taille du chantier et ses déchets.

"On n'a rien contre le Cern. Ils ont des machines extraordinaires mais on ne doit pas tout se permettre", affirme à l'AFP l'auteur du rapport, Jean-Bernard Billeter, ingénieur. 

Le collectif francosuisse CO-CERNés, qui compte parmi ses adhérents WWF et Greenpeace, a lancé une pétition contre "ce projet gigantesque" pour dénoncer ses effets sur l'environnement, les budgets et les territoires. Il organise des séances d'information dans les communes, comme récemment à Marcellaz, à proximité d'un des huit sites de surface.

Les habitants sont particulièrement préoccupés par le fait que les sites en surface en France doivent être construits dans un territoire déjà "complètement saturé", indique à l'AFP l'un des organisateurs, Thierry Lemmel, qui dénonce le "projet pharaonique" du Cern même s'il juge que "le progrès est nécessaire".

Une centaine de personnes sont venus à Marcellaz. Dont Kevin Mugnier qui a eu vent du projet peu avant, à travers un proche : "Je suis un peu tombé des nues", explique-t-il, affirmant craindre que des parcelles soient réquisitionnées.

A Ferney-Voltaire, un des sept sites en surface côté français, le maire, Daniel Raphoz, se dit "plutôt favorable à l'installation" si c'est "gagnant-gagnant", soulignant les effets positifs sur l'emploi et sur le plan énergétique : "l'énergie perdue du Cern sera utilisée pour chauffer la ville".

Et lui aussi de prévenir : si ce n'est pas fait ici, "c'est en Chine que ça va se passer", ce serait "encore une fois un déclin de l'Europe".

le Mardi 1 Avril 2025 à 04:54 | Lu 199 fois