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Aires marines éducatives : une matinée pour se retrouver


Tahiti, le 18 mars 2025 - Cent-cinquante élèves de Tahiti se sont retrouvés ce mardi matin sur une plage de Punaauia pour une matinée de cohésion des Aires marines éducatives. À cette occasion, ils ont pu observer une ponte de corail dans le lagon, mais aussi échanger les uns avec les autres pour partager leurs expériences et pratiques. L’événement est labellisé “La mer en commun” dans le cadre de l’année de la mer.
 
La matinée de cohésion des Aires marines éducatives (AME) a véritablement démarré à 7 h 30 sur la plage de PK 18 à Punaauia, ce mardi matin. Les élèves gestionnaires des 15 Aires marines éducatives de Tahiti étaient invités à y participer. “Six classes se sont inscrites”, a précisé Vainui Marakai, chargée de mission, coordinatrice des AME en Polynésie.

Au total, 150 élèves du premier et second degré ainsi que d’un institut médico-éducatif (IME) se sont retrouvés pour “mutualiser et partager leurs expériences”, a indiqué la coordinatrice. Trois classes ont participé à l’événement sur leur propre AME à Toahotu, Faa’a et au Mahana Park de Toahotu. Une classe de Hao, qui aimerait avoir son AME, a suivi les opérations en visioconférence.
 
2 000 élèves polynésiens engagés
 
Les AME, nées à Tahuata (Marquises) en 2012, permettent à des élèves et leur enseignant de gérer de manière participative une zone maritime littorale de petite taille. Cette démarche pédagogique et écocitoyenne a pour but de sensibiliser le jeune public à la protection du milieu marin mais également de découvrir ses acteurs. Aujourd’hui, il y a 34 AME en Polynésie, cela concerne 2 000 élèves.
 
En “s’appropriant” une petite zone maritime littorale dont ils orchestrent la gestion participative, les élèves mettent en pratique leur connaissance et la protection du milieu littoral et marin. Cette démarche se fait en lien direct avec les acteurs de ces milieux : pêcheurs et autres métiers de la mer, collectivités locales, scientifiques, associations d’usagers et de l’environnement…
 

De l’AME à l’ATE
 
Le concept a véritablement explosé en 2018, et il a dépassé les frontières. Il y en a plus de 600 en France, mais aussi en Australie, à Wallis-et-Futuna, “et partout, ils citent les Marquises”, a insisté Vainui Marakai. Elle ajoute à ce propos : “Ce qui est paradoxal, c’est qu’aujourd’hui, les Marquises se sont retirées car leur géologie ne permet pas de travailler en toute sécurité”. C’est pourquoi le projet AME a évolué. “On a lancé, sur le même principe, les Aires terrestres éducatives (ATE).” Un premier état des lieux écologique a été fait sur huit sites en novembre dernier aux Marquises, à Raiatea et à Tahiti (Taravao et Fautaua).
 
Mardi matin, la cohésion est passée par l’observation de la ponte de coraux Porites rus. Cette ponte, synchronisée sur plus de 18 000 km2 comme l’a démontré récemment l’association Tama no te Tairoto, prévisible à la minute près ou presque, a lieu cinq jours après la pleine lune, une heure et demie après le lever du soleil, tous les mois entre novembre et avril (avec un pic en décembre et janvier).
 
Plusieurs associations et leurs scientifiques s’étaient rendus disponibles pour accompagner les élèves dans le lagon. Certains ont eu la chance d’observer le phénomène, d’autres non. “On arrive en fin de saison”, a rappelé Vainui Marakai. “L’année prochaine, on fera la sortie plus tôt dans l’année, sans doute en février.” Elle reste toutefois satisfaite de cette première édition.
 

“Beaucoup d’enfants vous envient”
 
Pour les professeurs, la matinée de cohésion a été un levier de plus pour entretenir la dynamique dans leur classe. Si le projet d’AME demande “un travail de fond non négligeable”, les efforts paient. Les élèves sont “de toute évidence plus concernés grâce à la mise en pratique, aux sorties et au contact que l’on entretient avec le milieu”. Et puis, “ils font des liens et abordent certaines matières autrement”.
 
Voilà”, a commenté Mahanatea Garbutt, conseillère technique auprès du ministre de l’Agriculture et des Ressources marines, l’observation de la ponte a été “une bonne occasion de se remettre à l’eau”. Elle a donné rendez-vous aux acteurs mardi prochain à la présidence pour une journée consacrée aux AME. “Encore beaucoup de personnes ne comprennent pas toujours ce que vous faites”, a-t-elle regretté en s’adressant aux élèves et enseignants, soulignant et remerciant au passage les efforts des uns et des autres.
 

“On a vu plein de poissons”

Oherani, 11 ans, Imivai, 11 ans, Suriana, 12 ans, et Mila, 11 ans, sont des élèves de la classe de 6e4 du collège de Paea. Elles ont participé à l’observation de la ponte du Porites rus mais leur groupe n’a pas eu la chance de voir le phénomène. “Par contre, on a vu plein de poissons”, s’est réjouie Oherani. Leur AME se trouve à Rohotu où la classe se rend dans le cadre du projet. Un projet qui leur permet de se familiariser avec les espèces de l’océan mais aussi de prendre conscience des enjeux et problématiques actuelles.
 
Pour aller plus loin, cette classe participe en plus à un projet en lien avec la fondation Tara en France qui s’intitule “Plastique à la loupe” avec leur professeure de sciences de la vie de la terre. “On a collecté les microplastiques et on les a envoyés à la fondation. Ils sont en cours de traitement, on attend les résultats.”
 
Les quatre amies, capables désormais de nommer les espèces rencontrées dans leur zone d’étude et de gestion, ont pris conscience avec ces deux projets de tout l’intérêt à protéger les milieux.
 

Un événement labelisé la Mer en commun

La journée de cohésion AME a été labelisée, comme plus d’une trentaine d’actions portées par les acteurs polynésiens de l’océan, La Mer en Commun” dans le cadre de l’Année de la Mer. Une reconnaissance nationale de plus pour la dynamique collective Te Mana o Te Moana Nui a Hiva – Unir nos actions pour préserver le Mana de notre Océan. Cette dynamique porte d’une même voix son message d’unité à la 3e Conférence des Nations Unies sur l’Océan.

Rédigé par Delphine Barrais le Mardi 18 Mars 2025 à 15:31 | Lu 596 fois