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​Le Tavini veut réaffirmer ses fondamentaux


Tahiti, le 31 mars 2025 – Le Tavini tiendra son congrès samedi prochain au Motu Ovini de Faa'a. Un “tournant” pour le parti qui va ainsi faire un bilan d'étape mais qui va surtout réaffirmer ses fondamentaux aux militants. Un combat pour la souveraineté qui se déplacera aussi sur le terrain communal à l'occasion des élections de l'an prochain. La Constitution d'un État fédéral depuis longtemps évoquée est quasiment prête et sera abordée lors de ce congrès qui interrogera aussi les militants sur la nécessité pour le Tavini, s'il veut rester cohérent, de se présenter à des élections nationales.
 
Après A Here i a Porinetia, ce week-end, c'est le Tavini qui tiendra son congrès du parti samedi prochain à Faa'a. Le président du parti Oscar Temaru, accompagné de son vice-président Antony Géros et de son trésorier général Léon Tefau ont convié la presse ce lundi pour en aborder les grandes lignes. La première chose, c'est que le Tavini Huiraatira veut rassurer sa base et clarifier son positionnement pour “ne pas s'égarer”. Autrement dit, il souhaite que son combat de toujours pour faire accéder la Polynésie française à sa pleine souveraineté soit le fil conducteur qui guide les élus et militants. Surtout les “nouveaux venus” comme l'a souligné Antony Géros. Car si l'accession à l'indépendance n'était pas au menu du programme des élections territoriales de 2023 qui ont porté au pouvoir le parti bleu ciel, l'heure semble être aujourd'hui au recentrage, et notamment dans le cadre des élections municipales de l'année prochaine.
 
Ces élections ont toujours été un peu particulières dans le sens où elles privilégient le travail de proximité sur des problèmes pratiques, mettant finalement de côté les étiquettes politiques. Mais aujourd'hui, le Tavini veut aussi que l'idéologie d'indépendance qu'il défend se déplace sur le terrain communal. “Une élection municipale, c'est une élection de proximité. Et le pouls de la proximité est très important dans le cadre d'un combat beaucoup plus général comme celui que promeut le Tavini Huiraatira au niveau territorial. Donc l'aspiration de ce pays à sa souveraineté doit se ressentir dans la proximité”, explique ainsi Antony Géros qui souhaite “recamper les positions du Tavini en rigidifiant le positionnement de la fonction de maire” parce qu'“on ne devient pas maire pour s'embourgeoiser”. Oscar Temaru qui dirige la commune de Faa'a depuis plus de 40 ans appréciera...
 
République fédérale de Mā’ohi Nui
 
Côté stratégie, le Tavini l'a dit, ce sera une liste bleue de A à Z pour les municipales, ou dans le cadre d'une liste d'union, une tête de liste Tavini. Mais Antony Géros a assoupli un peu cette position ce lundi en expliquant que le parti n'allait néanmoins “pas empêcher les militants de poursuivre avec les équipes actuelles s'ils s'entendent bien”, comme c'est le cas à Arue par exemple.
 
Ce congrès sera donc surtout l'occasion de “présenter un certain nombre de préconisations qui touchent à l'ossature même des objectifs du parti”. Il sera ainsi notamment question du projet depuis longtemps dans les tuyaux de Constitution de la République fédérale de Mā’ohi Nui comme base référentielle pour appuyer le processus de décolonisation onusien entamé depuis 2013. Le projet est quasiment bouclé mais il reste encore des choses à arbitrer comme l'a expliqué Antony Géros : “C'est notamment la laïcité de la République qu'on souhaiterait mettre en place. Est-ce qu'on souhaite maintenir cette laïcité, ou bien est-ce qu'on va apparenter notre Constitution, dans sa rédaction, à celle des pays de la région qui eux n'ont absolument pas retenu la laïcité ?” Des questions qui seront soulevées et qui doivent permettre d'accélérer les travaux à l'issue de ce congrès. Ce sera aussi l'occasion d'interroger les militants sur la nécessité pour le parti de présenter des candidats aux élections nationales.
 
“Rendre à la France ce qui est à la France”
 
Le président Oscar Temaru et les plus anciens n'y ont jamais été très favorables, et pour Tony Géros, c'est une question de cohérence avec justement les fondamentaux du parti. “On pense que par respect démocratique, on doit rendre à la France ce qui est à la France et garder à la Polynésie ce qui est à la Polynésie. Se présenter à une élection nationale, c'est d'abord accepter le principe de voter des lois nationales qui sont réfléchies pour le peuple de la Nation. Et comme on ne se reconnaît pas, on aspire à notre souveraineté, c'est très discourtois de notre part de dire ‘Bon OK, on est pour la souveraineté mais quand même, on va s'immiscer dans les affaires de la France pour contribuer à l'écriture de ces textes’”.
 
Pourtant, Mereana reid-Arbelot, seule rescapée Tavini des dernières élections législatives anticipées, travaille activement à Paris sur le sujet du nucléaire, un combat là encore cher au parti indépendantiste. Et d'autres sujets, comme la retraite des fonctionnaires, ou le problème des compétences communales sont aussi défendues sur le plan national. Et se priver d'un parlementaire à l'Assemblée nationale ou au Sénat, c'est aussi se priver d'une tribune et de financements. Mais pour Tony Géros, ce n'est pas avec “trois [députés] sur 500” qu'on peut changer les choses.
 
Enfin, un bilan d'étape sera également présenté, tant du côté du Pays que de l'assemblée pour remettre tout le monde sur les rails et faire taire le mauvais esprit des médias en prônant l'unité du parti. “Nous sommes arrivés entiers aux affaires du Pays, c’est-à-dire qu'on n'est pas dans une majorité de coalition”, insiste ainsi Tony Géros qui souhaite que ce congrès réponde aux frustrations et aux incompréhensions des militants, notamment en ce qui concerne des sujets comme la lutte contre la cherté de la vie.

Rédigé par Stéphanie Delorme le Lundi 31 Mars 2025 à 15:12 | Lu 2152 fois