Tahiti Infos

​La grosse colère de Petit Soleil


Tahiti, le 31 mars 2025 - Coup dur pour la garderie Petit Soleil à Arue qui se voit refuser son autorisation d’ouverture et d’agrément après un contrôle d’octobre 2024, qui n’a envoyé son rapport que fin mars 2025, deux jours avant la signature de l’arrêté par la vice-présidente, Chantal Galenon. La garderie entend bien faire valoir ses droits alors qu’elle n’a bénéficié d’aucun délai de mise en conformité, ni aucun accompagnement avant cette lourde décision dont elle n’a même pas été destinataire.
 
C’est au détour de la lecture du Journal officiel par un parent d’enfant que la garderie Petit Soleil de Arue a découvert vendredi dernier que le gouvernement lui refusait son autorisation d’ouverture et d’agrément avec cette phrase qui pèse lourd sur les onze salariés : “La structure Petit Soleil n’est pas autorisée à ouvrir et à accueillir des enfants”. Une décision “indigne”, juge la direction de l’établissement qui ne compte pas en rester là et pointe du doigt une décision aberrante et en dehors de toute logique réglementaire. L’affaire est d’ores et déjà dans les mains de l’avocat de la garderie, mais aussi dans celles de la maire de Arue, Teura Iriti, que la direction de la garderie rencontrait ce lundi, avant qu’une réunion de nombreux responsables de garderie ne se tienne vendredi pour dénoncer les erreurs de l’administration.
 
Tout part d’un contrôle en octobre 2024 de l’Agence de régulation de l'action sanitaire et sociale (Arass) afin de mettre la garderie en conformité puisqu’elle fonctionnait jusqu’alors “sans autorisation ni agrément”. Jusqu’ici, rien d’extraordinaire. Un contrôle qui demandait le jour-même à procéder à des aménagements. “Je n’ai rien à dire sur ce contrôle”, explique Mélinda Bodin, associée unique de la SARL Vai Rauhere qui gère l’établissement. “Sauf que les inspecteurs se sont permis de regarder les dossiers des enfants, alors que c’est confidentiel, sans même notre autorisation”, ponctue Vaiana Bodin.
 
Petit Soleil est en fait géré par les filles de Mélinda Bodin, Heinui, la gérante, Vaiana, la directrice, et Hinatea, responsable du secteur des tout-petits. Suite à ce passage de la commission, un rapport a été produit le 27 octobre par l’Arass, suivi d’un autre rapport le 4 décembre par le Centre de santé environnemental de la Direction de la santé, conclu le 13 décembre par un avis défavorable de la commission des établissements assurant la garde des enfants.

Aucune contre-expertise

Pendant toute cette chaîne décisionnelle, à aucun moment la garderie n’aurait été destinataire d’un quelconque rapport sur les choses à retravailler et ce n’est que le 25 mars, deux jours avant la publication de l’arrêté au Journal officiel, que le rapport lui a été envoyé, par mail. La garderie était lundi toujours en attente du rapport physique par écrit.
 
Petit Soleil emploie onze personnes, toutes titulaires de certifications pour encadrer des enfants (Sefi, CFPA, Bafa, Tahiti Formation, Activ’ Result, RSMA), dans une maison louée à un notaire. Malgré les années d’expérience de la garderie, ouverte en 2017, le rapport que Tahiti Infos a pu consulter fait état de la vétusté des lieux, d’espaces trop exigus, de risques dans certains berceaux, d’une surcapacité d’accueil ou encore de manque de qualification du personnel, ce que la direction réfute. “Toutes nos taties sont diplômées et sont responsables en notre absence”, explique Vaiana qui détaille que ces absences sont liées au ramassage scolaire dans les établissements à la fermeture des écoles.
 
“À la suite de cette première visite, nous avons attaqué les travaux nécessaires”, explique la direction de la garderie. “Nous n’avons pas attendu le rapport pour faire les travaux. Nous avons fait venir un entrepreneur, mais il ne peut travailler que le samedi puisque nous avons les enfants la semaine. Nous avons racheté le matériel demandé, nous avons changé le revêtement… En tout, nous avons dépensé plus d’un million de francs pour réaménager”, explique-t-on sur place.
 
Problème, l’inspection faite en octobre n’a jamais été suivie d’une contre-inspection pour voir si des évolutions avaient été engagées. Pire, le rapport n’a été envoyé, par mail, que deux jours avant la décision du conseil des ministres, signée par la vice-présidente, Chantal Galenon, de ne pas donner d’agrément d’ouverture, ne laissant aucun délai de recours ou de mise en conformité. “Ça tombe comme ça, du jour au lendemain, alors que pendant la visite, on nous expliquait : ‘Ne vous inquiétez pas, on n’est pas là pour fermer, on est là pour accompagner’”, poursuit Vaiana, dépitée. “On a appelé l’Arass pour demander des comptes. On nous dit qu’on a un mois pour répondre au rapport, pourtant, c’est déjà publié au Journal officiel et on nous répond quoi ?  ‘Ah bon, je ne savais pas’. C’est incroyable.”
 
“Et pour ça, les pensions de famille que je préside ont des aides”, poursuit Mélinda Bodin. “Mais les garderies n’ont aucune aide.” (…) “On veut bien accepter le rapport, mais avant de pondre une telle décision au Journal officiel, revenez”, demande la direction de la garderie. “Revenez et constatez les travaux. Revenez et aidez-nous, expliquez-nous, donnez-nous un délai.  On a repeint, déplacé les objets qui encombrent, on a même remis de la peinture pour émail sur les lavabos extérieurs.”
 
En l’absence de réception physique du rapport, alors que l’arrêté a déjà été publié au Journal officiel, avec une erreur de désignation de la gérance, c’est désormais l’avocat de la garderie qui va attaquer cette décision. À la prochaine rentrée scolaire, Petit Soleil sera toujours là pour accueillir les enfants en attendant que cet imbroglio réglementaire soit levé.

Rédigé par Bertrand PREVOST le Lundi 31 Mars 2025 à 19:24 | Lu 6051 fois