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“Si cela continue on va tous couler”


Tahiti le 24 mars 2025 – La Direction du travail est intervenue comme médiateur dans le conflit entre l’association Apair Apurad et la CSTP-FO qui déplore que “les discussions tournent en rond”. De son côté la direction assure que la revalorisation salariale est “légitime”. Elle ajoute que l’association a un déficit de 158 millions de francs : “Si ça continue on va tous couler.
 
La direction de l’association Apair-Apurad ainsi que les représentants de la CSTP-FO se sont retrouvés ce lundi matin à la Direction du travail. Le service public est intervenu en tant que médiateur dans ce conflit. “Au départ on ne comprenait pas la demande de médiation puisque les débats se sont toujours passés de manière très cordiales et respectueuses” a assuré la déléguée syndicale CSTP-FO, Avearii Lachaux. Elle souligne que cela a encore été le cas ce lundi matin mais qu’il n’y ait pas eu “d’avancées concrètes”.
 
La déléguée syndicale regrette que “le principal interlocuteur” de l’association, le docteur Grégory Detrun, soit “hors territoire”. Conséquence, selon elle : “Les discussions tournent en rond (…). Nous n’avançons pas car les mandataires ne peuvent pas prendre de décisions. Ils reçoivent leurs directives du président de l’association.”
 
Avearii Lachaux assure que tous les points de revendication sont “tout aussi importants” que celui concernant la revendication salariale et explique que “tout se recoupe finalement : souffrance au travail, harcèlement, risques psycho-sociaux”. D’autant qu’à ce jour “aucune mesure concrète” n’a, selon elle, été mise en place pour “faire face à ces problématiques” anciennes. Si la direction découvre cette situation de souffrance au travail, la déléguée syndicale se dit “étonnée” :C’est malheureux quand même car des signalements ont été émis, des autorités ont été saisies.”
 
Quant à une revalorisation salariale, il a été indiqué à Avearii Lachaux par la direction qu’une telle décision relevait du conseil d’administration de Apair-Apurad.

Déficit de 158 millions

La directrice des soins, Frédérique Davier, explique que les comptes sont contrôlés par un commissaire au compte et que “tout est transparent” : l’association est structurellement “déficitaire” depuis deux ans et fait face à un trou de 158 millions de francs, lié, selon elle, au “refus de la Caisse de prévoyance sociale de revaloriser les forfaits de dialyses.” Les prestations de soins à domicile ont été revues à la baisse “par deux fois”, indique-t-elle aussi. Dans ce contexte, rappelle-t-elle, les salariés ont bénéficié l’an dernier “d’une prime d’engagement, on a doublé leur ancienneté. Une prime décentralisée est versée à tous les salariés qui représente les deux tiers de notre salaire (…). Si cela continue on va tous couler.”
 
Frédérique Davier assure aussi que les demandes des salariés, notamment la revalorisation salariale est “légitime. L’inflation ils le vivent de plein fouet. L’association aussi la subit de plein fouet”. Elle explique que l’association Apair-Apurad a subi des “augmentations de 8 à 10% sur tout ce qui est dispositifs médicaux”.
Elle affirme avoir pris les devants en vain auprès du Pays pour permettre une revalorisation salariale des infirmiers collaborateurs. “Si je n’ai pas d’infirmiers, on ferme. J’ai beau leur expliquer notre problématique ; ils ne nous entendent pas”. La représentante de la direction assure enfin, concernant les grévistes, que la direction “leur a tout donné le deuxième jour de grève. Et le syndicat passe cela sous silence comme si on bloquait”.
Une nouvelle rencontre doit avoir lieu mercredi entre la direction et le syndicat.

Les “allégations diffamatoires et mensongères” de la CSTP-FO

Le collectif infirmier de l’association Apair-Apurad a tenu à rectifier, au travers d’un communiqué de presse, les “allégations diffamatoires et mensongères” de la CSTP-FO relatives à “une augmentation de salaire au seul bénéfice des infirmiers”. Selon le collectif, cette information est “erronée”. Il déplore ainsi les propos mensongers du syndicat concernant les “disparités salariales”.
 
Le collectif rappelle que les infirmiers ont un niveau d’études qui est reconnu depuis 2019 dans les pays ou territoires français sauf au Fenua. Il souligne que l’association “a pris les devants sur la loi du Pays à sortir et a choisi de prendre en compte le Bac+3 des infirmiers dès l’année dernière”, et ce pour être “plus concurrentielle” car ces derniers “se détournaient” de l’association vers d’autres établissements qui avaient déjà, selon le collectif, “agi sur la rémunération des infirmiers”. Une concurrence “accrue” avec notamment le passage des infirmiers fonctionnaires territoriaux en catégorie A.
 
Selon le collectif, la déléguée syndicale “connait parfaitement” ce dossier pour avoir été associée en tant que membre du comité d’entreprise et cadre de l’association. Le collectif regrette que c’est “sans soutien de sa part” que les infirmiers ont “pu faire reconnaître à sa juste valeur leur niveau d’étude après tant d’années” avec le soutien de “la seule confédération syndicale Otahi”.
 
Au travers de ce communiqué, les infirmiers espèrent que “le clivage social cesse”, et regrettent avoir “ni été consultés, ni informés”. C’est la raison pour laquelle ils n’ont pas adhéré au mouvement de grève.

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Mardi 25 Mars 2025 à 07:29 | Lu 4133 fois