Près de Lyon, Rhodia recycle une usine et des terres rares


SAINT-FONS (France / Rhône), 29 sept 2012 (AFP) - Au milieu de l'usine historique de Rhodia à Saint-Fons (Rhône) datant de 1861, une ancienne bâtisse d'agrochimie s'est reconvertie dans les énergies renouvelables: elle loge la première unité de recyclage des terres rares en Europe issues des lampes à économie d'énergie.

Les terres rares sont un groupe de métaux non-ferreux ayant des propriétés électroniques particulières. Elles servent notamment à la fabrication d'écrans plats, de catalyseurs automobiles, d'ampoules à faible consommation ou à l'optique de haute précision.

Face à la Chine, qui assure 97% de la production des terres rares et qui a imposé des restrictions pour leurs exportations, le groupe Rhodia -récemment racheté par le belge Solvay-, cherche aussi à s'affranchir d'une dépendance.

Solvay a ainsi inauguré en grande pompe jeudi l'unité de Saint-Fons et une seconde unité à La Rochelle (Charente-Maritime) qui serviront à finaliser ce recyclage de terres rares. L'investissement global pour les deux sites: 15 millions d'euros avec la création de 25 emplois nets.

"A Saint-Fons, nous réceptionnons des lampes et néons basse consommation réduits en poudre et acheminés dans des sacs. Ce sont des transports réglementés de déchets qui arrivent par camion", explique Philippe Moissonnier, chef de projet chez Rhodia-Terres rares.

Cette filière peut exister grâce en amont à un partenariat avec l'éco-organisme Recylum, le collecteur d'ampoules bien connu du grand public, et grâce à des recycleurs qui effectuent ce broyage pour l'acheminer à Saint-Fons.

Dans le bâtiment qui servait jusqu'à 2005 à l'agrochimie, ces sacs de poudre de 900 kg sont déchargés dans un grand carré sous plastique servant à capter les vapeurs résiduelles de mercure.

Une ampoule basse consommation contient en effet essentiellement du verre (à 88%), mais aussi 5% de métaux, 4% de plastiques, 3% de poudre contenant les terres rares et 0,005% de mercure.

Un petit groupe de la CGT qui manifestait jeudi en marge de l'inauguration pour défendre les emplois a rappelé les obligations de sécurité pour que le personnel ne soit pas contaminé par ces vapeurs de mercure.

Selon Loïc Le Blanc, responsable Hygiène Sécurité Environnement chez Solvay "les technologies mises en place sont là pour confiner totalement le produit. On fait régulièrement des contrôles d'atmosphère et on est très en deçà des limites réglementaires". Le groupe assure aussi que l'employé qui manie les sacs "n'est jamais en contact avec le mercure puisqu'il y a une aspiration constante des vapeurs".

Après ce premier tri, la poudre est acheminée dans une solution aqueuse où elle subit une attaque chimique dans trois réacteurs, pour séparer les terres rares des autres éléments.

La poudre est ensuite filtrée et séchée, puis expédiée au site de La Rochelle où elle subit les derniers traitements. En tout six terres rares sont utilisées pour fabriquer une ampoule basse consommation (Lanthane, Cérium, Europhium, Terbium, Gadolinium, Ytrium). Elles sont enfin séparées et filtrées à La Rochelle, dernier traitement avant de recommencer une nouvelle vie... dans de nouvelles ampoules basses consommation.

"Jusqu'à il y a quelques semaines seuls les métaux, les plastiques, le verre contenus dans les lampes à économie d'énergie étaient recyclés, maintenant les poudres contenant les terres rares se sont alors qu'avant elles étaient mises en décharge", se félicite Frédéric Carencotte, directeur industriel de l'activité Terres rares chez Solvay.

D'ici la fin de l'année, les deux usines devraient avoir recyclé plusieurs centaines de tonnes de poudre.

Rédigé par Par Philomène BOUILLON le Samedi 29 Septembre 2012 à 06:04 | Lu 554 fois