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Cédric Mercadal : “La santé est l’affaire de tous”


Tahiti, le 24 mars 2025 - Face à l'explosion des maladies chroniques, la Polynésie lance un plan ambitieux pour la prévention santé. Trois jours de séminaire à Papeete réunissent élus, experts et associations pour travailler autour de trois problématiques principales : l’obésité, les addictions et le cancer.

 
“Nous sommes réunis ici pour changer la méthode et, surtout, changer les résultats”, a annoncé le ministre de la Santé, Cédric Mercadal, à l’ouverture du séminaire sur la prévention santé. L’événement a débuté ce lundi à l'Hôtel Hilton de Papeete, rassemblant élus, professionnels de santé et associations pour établir les fondations d'un plan stratégique 2026-2036.
  
Les chiffres avancés par le ministre sont sans appel : chaque année, 44 milliards de francs sont consacrés aux maladies chroniques. “Un décès sur trois pourrait être évité”, a martelé Mercadal, pointant une incidence annuelle en hausse de 4%. Un état des lieux présenté à 300 participants a renforcé ce constat préoccupant. Les maladies cardiovasculaires, l’obésité et les cancers restent les principales causes de décès en Polynésie. On comptait 49.000 personnes en “carnet rouge” en 2022, contre 32.000 en 2010. Les soins hospitaliers ont explosé, passant de 4 milliards en 2017 à 7 milliards en 2023. Face à cela, la nécessité d’investir dans la prévention est évidente. Selon les experts, des mesures adaptées permettraient d’éviter 80% des maladies chroniques et 40% des cancers.

Un plan ambitieux et inclusif

Le ministère veut donc bâtir un plan “structurant, territorial et intergénérationnel”, axé sur l’obésité, les addictions (notamment à l’ice) et le cancer avec une table ronde dédiée au “dépistage précoce des victimes des essais nucléaires”.
 
“La santé ne peut être l’affaire des seuls professionnels, elle est l’affaire de tous”, a insisté le ministre, s’inspirant du modèle néo-zélandais pour une gouvernance partagée. Il s’agit d’impliquer non seulement les professionnels de santé, mais aussi les élus locaux et les associations.
 
Dans le public, le séminaire suscite autant d’enthousiasme que d’interrogations. “C’est une bonne initiative, mais j’attends de voir ce que cela va donner”, déclare Roxane Sacault, médecin généraliste à Pirae. “Je me demande qu’est-ce que cela va nous apporter concrètement, sur le terrain. J’attends des solutions innovantes, insolites”, souligne Rose-Marie Taae de l’association Moruroa e Tatou. “Le programme est intéressant, mais il faut prendre en compte les besoins spécifiques de chaque commune. Puis, on a besoin de moyens financiers et humains”, insiste Puarai Tevaearai, responsable prévention à Moorea-Maiao.

Les contrats communaux de santé, pierre angulaire du dispositif

Un des piliers du plan repose sur les contrats communaux de santé, un dispositif visant à adapter la prévention aux réalités locales. Faire bouger les employés municipaux, éduquer les enfants à mieux manger grâce aux kits potagers sont déjà des initiatives mises en place par Thomas Moutame, maire de Taputapuātea. “Désormais, il faut de l’accompagnement pour faire le lien entre tous les moyens, tous les acteurs”, estime-t-il.
 
Le séminaire se poursuit avec trois jours d’ateliers et de tables rondes. “Nous sommes ici non pas pour imposer un plan, mais pour le construire ensemble”, conclut le ministre de la Santé.
 

Cédric Mercadal
Ministre de la Santé
“L’objectif est d’infléchir les courbes”
 
 
Vous lancez aujourd’hui un séminaire sur la prévention en santé. Quels résultats attendez-vous de cette stratégie sur dix ans ?
“L’objectif est d’infléchir les courbes de l’obésité, du cancer et des addictions en Polynésie. Nous nous inspirons d’exemples internationaux réussis : la Nouvelle-Zélande vise 5% de fumeurs à vingt ans, et elle y parvient ; l’Australie a quasiment éradiqué le cancer du col de l’utérus grâce à la vaccination contre le papillomavirus. Plus qu’un plan, c’est une motivation commune que nous voulons créer. Nous souhaitons suivre ces modèles en adaptant notre approche à la réalité locale. Cette stratégie sera élaborée en concertation avec les communes, les associations et les communautés religieuses.”
 
Vous évoquez des actions concrètes au niveau local. De quoi s’agit-il ?
“Nous voulons renforcer la proximité avec la population grâce au projet Arata’i Ora, en créant des ‘guides en santé’, avec au minimum un guide par commune. Ces référents seront formés et certifiés pour sensibiliser la population aux bonnes pratiques de santé. Ce modèle a déjà prouvé son efficacité dans le domaine de la santé bucco-dentaire en Polynésie, avec des résultats très positifs depuis les années 1970. L’objectif est donc d’étendre cette démarche à d’autres problématiques, en s’appuyant sur des dispositifs existants comme Écoles en santé ou Îles en santé.”
 
Comment allez-vous financer ces actions ?
“Nous disposons d’un fonds dédié à la prévention, mais son utilisation doit être optimisée. Il est nécessaire de coordonner ces efforts à l’échelon local pour maximiser leur impact. Sur les 700 millions de francs disponibles, nous allons réorienter 200 millions pour financer les guides en santé. À cela s’ajoute une reprise de provisions qui porte finalement le budget total à 850 millions cette année. Le ministre des Finances s’est engagé à soutenir le projet si les premiers résultats sont concluants. De plus, le gouvernement a décidé d’allouer 250 millions supplémentaires à la lutte contre les drogues, notamment l’ice.”
 
Photo DM
 
Darianna Myszka

Rédigé par Darianna Myszka le Lundi 24 Mars 2025 à 18:22 | Lu 1125 fois